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30.05.2007
FACE AUX ORGUEILLEUX
Il y a 50 ans, dans les premiers mois de 1957, je me suis rendu compte d’une chose assez curieuse : les orgueilleux, que l’on m’obligeait à fréquenter en me les imposant, n’aimaient pas trembler et se plaisaient et complaisaient à se venger de ceux qui d’une manière ou d’une autre leur faisaient peur. En revanche ils éprouvaient une joie indescriptible à se trouver en face de celui ou ceux devant lesquels il n’étaient pas honteusement contraints de s’aplatir, dussent-ils leur infliger les pires souffrances morales. Jamais je n’oublierai la visite absolument imprévue dans ma classe, au cours d’une heure consacrée à la littérature , de ce soi-disant inspecteur dont l’orgueil n’avait d’égal que la morgue et le mépris dont il témoigna. J’ai, immédiatement perçu qu’il avait à mon égard une sorte de haine rentrée, le mépris curieusement et justement dit des faibles à lire Victor HUGO. Sans doute pensait-il à part soi que je ne pouvais en rien lui faire peur. Tous les hommes qui se croient puissants, ne serait-ce que par leurs titres, plus ou moins mérités, trouvent une jouissance à briser la volonté d’autrui et à modeler l’argile à leur gré. Ils ne se rendent même pas compte qu’en se conduisant de cette manière ils font du faible en apparence un homme aussi violent qu’eux mais d’une violence cachée. J’avais presque honte de moi de ne pas oser lui répliquer. Mon cœur et surtout ma langue gardaient en effet assez de bon goût pour pouvoir se dire : honore ton malheur en dissimulant ta colère.
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